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Communisme ou capitalisme extrêmes, aucun des deux systèmes n’est viable

VIOLAINE JADOUL

Mardi 28 janvier 2014

Recherche Un théorème mathématique développé à l’ULB analyse l’avenir des sociétés

Aucune société à venir ne sera plus extrême que celles que l’humanité a connues jusqu’à présent.

Le communisme et le capitalisme extrêmes sont les deux limites entre lesquelles toute nouvelle société se situera.

Est-il possible de prédire l’évolution des sociétés? Cette question taraude Thomas Bruss, professeur au Département de mathématiques à l’Université libre de Bruxelles, depuis longtemps. Depuis les années 80 en réalité. «Le monde connaissait alors de nombreux bouleversements politiques, comme la chute du mur de Berlin par exemple. Et j’assistais souvent à des discussions ayant pour objet les avantages et les inconvénients des différents systèmes politiques. Tout le monde avait son opinion et il était impossible d’arriver à une vraie conclusion, indissociable des jugements purement personnels», se rappelle Thomas Bruss qui se demande alors si les mathématiques ne peuvent pas l’aider à analyser les différents systèmes et aboutir à une conclusion impartiale. Le projet paraît fou même pour son auteur qui – par instinct de survie sans doute – n’a pas souhaité s’y consacrer à temps plein. Il aura donc fallu attendre cette année pour qu’il arrive à des résultats, épaulé par Mitia Duerinck, étudiant en mathématiques à l’ULB.

«Essayer de mesurer la justice ou le sentiment de sécurité n’est pas chose aisée. Par contre, tout le monde comprend qu’on peut mesurer ce qu’une personne a consommé dans sa vie par exemple», poursuit Bruss. Les deux auteurs ont donc basé leurs travaux sur des paramètres quantifiables: les taux de natalité et de mortalité (que les deux chercheurs appellent «la reproduction»), les taux de consommation, les taux de création de ressources (qui ne comprennent pas uniquement la production de biens à un moment donné mais aussi ce que les personnes laissent en héritage…) et la politique de distribution de ces ressources.

Pour les auteurs, on peut en effet imaginer n’importe quel modèle de société, il y a des choses qui ne changeront jamais: la nécessité de nourriture et de ressources, un désir de sécurité et de confort… Deux hypothèses sont donc à la base de leur analyse: selon la première, les individus veulent survivre et voir survivre leurs descendants. Dans la seconde, les individus préfèrent en général un meilleur niveau de vie. S’il y a conflit entre les deux, les auteurs supposent que la première primera.

Le modèle mathématique – appelé théorème de Bruss-Duerinck – permet d’aboutir à deux types de sociétés, les plus extrêmes qu’on puisse connaître: la première, nommée société wf (pour weakest-first) a pour but de satisfaire le plus grand nombre tant que les ressources sont en suffisance. Cette société s’apparente à ce qu’on pourrait qualifier de communisme extrême.

Dans la seconde (sf pour strongest-first), la priorité est donnée aux plus grandes demandes de ressources, soit une forme extrême de capitalisme.

La société wf a la plus grande probabilité de survie mais le niveau de vie le plus bas. Les individus essayeront donc de s’en éloigner pour espérer rencontrer la seconde hypothèse. Ce système n’est dès lors pas viable à moins que l’émigration y soit interdite…

Dans la seconde société, le niveau de vie est le plus élevé mais plus pauvres vont fuir ce système et cela met en péril la reproduction au sein de la société. De même – sans tenir compte de l’épuisement des ressources–, ce système nécessite une productivité élevée. Or, si les masses populaires émigrent, «qui va exécuter le travail manuel nécessaire pour la production des ressources? Je ne pense pas que les cadres vont retourner dans les mines, sourit Thomas Bruss. Tout système politique visant le futur de nos enfants doit donc garder à l’esprit ces deux bornes extrêmes.»

VIOLAINE JADOUL, journaliste au journal « Le Soir »

NDLR: La social-démocratie serait-elle à mi-chemin des deux (dé)rives ?

>Il y a bien autant de paresse que de faiblesse à se laisser gouverner
Jean de La Bruyère

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